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La gouvernance algorithmique, aussi appelée algopolitique, est un nouveau mode de gestion de la société , une nouvelle manière de traiter la vie démocratique. Cette récente gouvernance politique — qui ne se nomme pas — possède de nombreux aspects inquiétants facteurs de mutation sociétale,  aspects étonnamment « non discutables » et non discutés.

Le débat sur l’algopolitique n’existe pas, puisque ces outils numériques d’aide à la décision, à l’administration, à la gestion, à la sécurisation, à la prévention, à la prédiction, se sont installés dans un premier temps illégalement, en mode furtif et au final depuis peu, sous forme déclarative : « Ces outils existent, nous en avons besoin, ils sont une aide, nous les utilisons » expliquent les responsables politiques, quand ils daignent en parler. Point.

L’ « algocrature » qui survient par la mise en place de ces outils — couplés à une mise entre parenthèse de l’état de droit — modifient de façon indéniable la vie en en société et génèrent un nouveau système politique que personne ou presque ne nomme, ni n’envisage. Un nouveau contrat social en en train de survenir, mais non-négocié.

Définition, analyse et réflexions sur l’algocrature française en cours de constitution.

 Démocratie et dictature : démocrature

 La contraction des deux termes démocratie et dictature permet de nommer cette gouvernance hybride : la démocratie (comme système politique déclarée) et la dictature (comme gestion quotidienne administrative, à certains niveaux). L’alliance des deux régimes — dictature et démocratie — dans un seul, a été définie par le terme de démocrature.

De façon synthétique, la démocrature est une démocratie qui conserve ses attributs d’origine basés sur les élections, la pluralité politique et la liberté d’opinion, ou d’information, mais qui a intégré dans son fonctionnement plusieurs attributs de la dictature.

L’exemple français — une démocrature « en cours de constitution », puisque personne n’ose encore appliquer cette terminologie à la patrie des Droits de l’homme — est très parlant : la liberté d’information et d’opinion y sont toujours en place, mais de façon partielle. De nouvelles lois sont venues les limiter : un site internet déclaré « terroriste » (ou déclaré comme faisant l’apologie du terrorisme) par l’administration peut être fermé à tout moment, comme en Chine. Un site qui a été déclaré « terroriste » mais qui n’a pas été fermé par l’administration peut transformer le citoyen qui le consulte en criminel passible de prison (2 ans ferme dans le cas de cet internaute). Comme dans n’importe quel régime policier.

De la même manière qu’au sein d’une dictature, l’Etat français s’est réservé le droit d’enfermer administrativement des opposants politiques, des citoyens contestataires, sans juge judiciaire, et ce, tant que l’état d’urgence qu’il a déclaré, perdure. Les militants écologistes de la Cop21 ont été un exemple frappant ce ce nouveau modèle « judiciaire ». La police, les services de renseignements, en démocrature française, ont des possibilités plus étendues qu’avec le système purement démocratique : ils peuvent intervenir à tout moment, à tout endroit, pénétrer les domiciles en défonçant les portes, arrêter tout citoyen considéré comme suspect par les services de renseignement, sans aucun contrôle d’un juge judiciaire. Comme en dictature.

Ce régime politique hybride, mis en place par étapes, qui justifie son existence par le danger terroriste, est pernicieux à plusieurs titres. Le premier est qui’il reste invisible pour une majorité de la population — celle qui ne correspond pas aux critères de dangerosité terroriste établis aujourd’hui — et le second, qu’il parvient à légitimer aux yeux des citoyens, des actes, procédures, comportements et attitudes de l’Etat, de ses fonctionnaires, absolument anti-démocratiques et donc liberticides.

La démocrature est mouvante, glissante, s’adapte en permanence aux événements, avec plusieurs constantes : les libertés individuelles ne sont plus centrales, l’indépendance judiciaire est mise entre parenthèses sur ordre du politique, qui finalement applique le vieil adage : « la fin justifie les moyens ».

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