Les grands groupes financiers s'accaparent des terres dans le monde entier, et même en France. Mais dans certains pays, le vol et la colonisation est plus mal vécu qu'ici. Depuis 1997, Benetton s'est "installé" en Patagonie, grâce à l'appui de l'armée.

 "S’il semble difficile d’enrayer définitivement ces pratiques barbares, chacun doit savoir qu’il existe une histoire derrière les produits qu’il consomme. Se renseigner avant d’acheter c’est prendre conscience de la réalité économique et politique du marché mondial et anticiper les actes de résistance possibles à l’échelle de l’individu."

 

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Des aborigènes de Patagonie virés de leurs terres par Benetton

En Argentine, dans la province de Chubut en Patagonie, une communauté ancestrale est en train de subir un répression policière extrêmement violente pour avoir l’audace de défendre les terres sur lesquelles elle est établie depuis toujours. Sauvagement expropriée, la communauté Mapuche tente tant bien que mal de faire face aux gendarmes, envoyés en nombre par l’État afin de défendre les intérêts de la multinationale qui se réclame de la parcelle : Benetton. Voilà plus d’une semaine que de violents affrontements ont éclaté, ravivant un conflit qui dure depuis déjà plusieurs années.

Affrontements sanglants entre police et manifestants

Le 10 janvier dernier, de violents affrontements ont éclaté dans la région de Chubut, en Patagonie argentine, entre gendarmes et membres de la communauté Mapuche. À coups de balles de caoutchouc et de plomb, plusieurs centaines de gendarmes ont réprimé les manifestations et les protestations d’une trentaine membres de cette communauté ancestrale qui se bat maintenant depuis des années pour conserver ses terres. Depuis mars 2015, plusieurs familles de la région s’attèlent à reprendre des terres réquisitionnées par l’homme d’affaires italien Luciano Benetton, fondateur de la marque du même nom et propriétaire depuis les années 90 de près d’un million d’hectares en Patagonie.

Face à la révolte de ces communautés ancestrales réclamant le droit de vivre sur des terres où elles sont établies depuis des siècles, les autorités ont donc usé de la violence en ce début d’année au prétexte de faire respecter le droit de propriété qui s’exprime ici à travers l’accaparement systématique de terres paysannes. Un phénomène également observable ailleurs dans le monde où de riches industriels rachètent, grâce à une connivence avec les autorités, des terres qui appartenaient « de fait » aux communautés locales jusqu’à aujourd’hui. En Patagonie, plusieurs personnes ont été blessées, dont une gravement, et une dizaine de militants furent interpellés. Les témoignages décrivant la violence utilisée dans ces opérations menées par la gendarmerie ont fait surface dans les médias locaux, évoquant une « volonté de tuer » et de nombreuses destructions de biens.

Les affrontements ont éclaté alors qu’une poignée de membres mapuches manifestait en bloquant la voie de « la Trochita », une ligne de train dont l’installation sur les terres du Chubut a largement été critiquée par les peuples autochtones. Et pour cause, cette voie a été installée alors qu’un accord passé stipulait qu’elle passerait par un autre endroit. Un porte-parole mapuche a notamment déclaré à propos de l’incident : « C’est un scandale, le passage à tabac et la répression qu’ont subi les manifestants. Ils étaient une poignée à manifester et une évacuation a été ordonnée, qui a conduit à l’intervention de 300 soldats de la gendarmerie armés jusqu’aux dents. » Contre les balles, les manifestants n’avaient que des pierres pour riposter.

Au cœur du problème : l’expropriation séculaire des peuples aborigènes

Située à cheval entre l’Argentine et le Chili, la Patagonie accueille le peuple Mapuche, connu également sous le nom de « Peuple de la Terre », depuis plus de 10 000 ans. Depuis 500 ans, ce peuple a résisté aux invasions continuelles, aux tentatives d’extermination, et aux expropriations abusives. Aujourd’hui, les Mapuche sont confrontés à une colonisation de type économique : le rachat de leurs terres par de riches Européens et Nord-Américains qui espèrent profiter des bas prix et de l’ouverture de l’économie engagée sous la présidence de Carlos Menem dans les années 1990. De nombreuses célébrités ou hommes d’affaires ont ainsi investi dans d’immenses terrains en dépit des habitants qui y vivent.

C’est notamment le cas des frères italiens Carlo et Luciano Benetton, fondateurs de la célèbre marque de vêtements. Le groupe Benetton est aujourd’hui le plus grand propriétaire foncier d’Argentine, avec pas moins de 900 000 hectares de terre détenus en Patagonie. Ils concentrent ainsi 9% des meilleures terres cultivables du pays, des terres qu’ils exploitent en y installant plusieurs centaines de milliers de moutons qui leur permettent de produire près de 6 000 tonnes de laine par an, soit 10% de la matière première nécessaire à leur production de vêtements.

Les terres des Mapuche sont donc aujourd’hui largement entre les mains de compagnies étrangères comme Benetton. Ce même processus d’expropriation a par ailleurs donné lieu à l’exode et à la stigmatisation des Mapuche, aujourd’hui considérés comme des « sauvages » par un gouvernement argentin qui a tenté de les soumettre et de les « intégrer » en les utilisant comme main d’œuvre bon marché. Aujourd’hui, et au travers des récents événements, qui sont de vaines tentatives de résister à un envahisseur privé détenteur de capitaux, ils sont parfois même présentés comme des terroristes qui menacent la « paix sociale ».

Sources : Pagina12.com  / ElCiudadano.cl / Notas.org.ar / Metamute.org / Photographies reçues de militants sur place.


https://mrmondialisation.org


RAPPEL

Novembre 2003

L'entreprise Benetton s'est appropriée les terres de la Population Mapuche

En Patagonie, il n’est pas inhabituel de voir les eaux turquoises des rivières séparées par des grillages. La chaîne de montagnes dans le sud des Andes aux sommets couverts de neige qui bordent les frontières de l’Argentine et du Chili, ou la "Cordillera" comme l’appelle les gens locaux, est une des plus étonnantes dans le monde. Au pied des montagnes, s’étend une terre plate pleine de végétation et de buissons où les moutons et vaches broutent. L’or et le quartz dans les montagnes de la province du Sud de Chubut ont récemment attiré les entreprises minières comme Meridian Gold et maintenant Benetton pour l’exploitation des vastes plaines, parfaites pour la production en masse de la laine.

Pour les Indiens Mapuche du sud de l’Argentine, depuis 10 000 ans de bataille pour la terre en Patagonie l’entreprise de vêtements Benetton est le nouveau Conquistador. Aujourd’hui Benetton est le plus important détenteur de terre en Argentine, possédant 900 000 hectares dans la région abondante de Patagonie. Avec 9% des terres les plus cultivables de Patagonie, leur possession est 40 fois plus large que la capitale Buenos Aires, la deuxième ville de l’Amérique Latine.

“Ici, ils ont pris tout ce qu’ils voulaient. C’était une vallée agréable et pour cette raison ils se la sont appropriée et l’ont fermée. Ils nous ont laissé au milieu de pierres dans les champs les plus terribles”dit un fermier Mapuche, Rogelio Fermin.

Nouvelles colonisation de la Patagonie.

“La Patagonie me donne une impression incroyable de liberté” dit Carlo Benetton quand il a pris possession du territoire argentin. En 1997 Benetton a acheté l’entreprise anglaise Compania Tierras del Sur Argentina S. A. (CORP) pour un total de $50 millions. Les archives de CORP reconnaissent la présence des gens natifs dans la région. En échange pour la terre qui a été occupée par les Mapuche depuis 13 000 ans, Benetton a bâti un musée dédié á l’histoire et la culture de cette terre mystique.

Mais l’occupation de la terre Argentinienne par Benetton offre beaucoup plus qu’un sens de liberté et un musée sur le passé: les 280 000 moutons de Benetton produisent 6000 tonnes de laine par an, 10% des besoins de la production totale du plus grand consommateur de laine vierge du monde.

A 200 mètres du Musée Leleque vit une famille Mapuche, les Curinancos. Atilio Curinancos est né et a passé sa vie á Leleque mais plus tard s’est déplacé près d’Esquel. Après avoir souffert durant la crise économique Argentinienne en Décembre 2001, Atilio et sa femme Rosa ont décidé de retourner dans les champs et essayer de cultiver leur nourriture, élever leurs animaux et établir une micro entreprise.

“Tout a commencé lorsque nous avons proposé de fonder une entreprise familiale á Santa Rosa” dit Atilio Cuinanco, 52 ans. “Je connais cette terre depuis que je suis né et comme j’ai constaté que personne ne l’occupait, j’ai pensé que ce serait une excellente opportunité.”

Les Curinancos ont approché l’ “Instituto Autarquico de Colonizacion (IAC), une agence immobilière gérée par le gouvernement, pour demander l’autorisation d’occuper une région appelée Santa Rosa située au devant d’une des propriétés appartenant á Benetton. Il est bien connu parmi les Mapuche que ce territoire natif est inoccupé et cela a été confirmé verbalement par IAC. Après une attente de 8 mois les Curinancos attendaient toujours confirmation. Finalement, ICA envoya une note á la famille disant: “l’information que nous avons obtenu démontre que la terre est considérée comme étant zone commerciale et il est dans notre intérêt de la réserver pour une micro entreprise.”

La famille Curinancos s’est rendue au commissariat d’Esquel á Chubbut pour annoncer qu’elle allait prendre possession de Santa Rosa. Le jour même un groupe de paysans commença á travailler la terre, avec les ressources limitées qu’ils possèdent, labourant, plantant des légumes et amenant leurs animaux aux pâtures.

“Nous n’avons fait de mal a personne lorsque nous sommes arrivés sur la terre,” dit Atilio Curinancos. “Nous n’avons pas coupé de barrières, nous ne sommes pas venus dans la nuit. Nous avons attendu pour voir si quelqu’un allait venir pour nous faire savoir si nous les importunions ou pour nous montrer un document démontrant que la terre appartenait á quelqu’un d’autre mais personne n’est venu.”

Benetton soutient que Santa Rosa lui appartient. Benetton a délivré un constat disant que la terre ne doit pas être utilisée pour l’élevage des animaux et a stipulé son intention de reprendre contrôle de leur propriété. Au bout de deux mois, la police a désassemblé et saisi les affaires de la famille Curinancos.

Lorsqu’il a été interrogé a propos de l’éviction, l’avocat pour Benetton, Mr Martin Iturboro, a dit que la prise de la terre par la famille Mapuche était simplement un problème de délinquance.

La terre appartenant á Benetton autour de la propriété de Santa Rosa reste inoccupée.
Les Curinancos maintiennent qu’ils reprendront possession de la terre qui leur a été volée et refusent de laisser Benetton changer leur histoire. “Nous sommes natifs et nous allons nous battre jusqu’a ce que cette terre nous soit retournée,” dit Atilio.


Menace d’éviction a Leleque

Au delà du chemin poussiéreux de la propriété de Santa Rosa, la mère d’Atilio Dona Calendaria une femme de 85 ans doit enjamber la barrière de la propriété de Benetton pour accéder au seul point d’eau de la région.

La route pour la rivière Chubut est une route locale. Elle ne devrait pas être fermée,” dit Laura qui a résidé dans la région depuis 40 ans. Elle raconte comme toute la région a changé depuis que Benetton a acheté le terrain.

“Benetton a trois portails avec clés et pour les franchir il faut leur demander la permission, on ne peut pas pêcher sans permission non plus. Plus loin, il y a quelques familles, mais elles ne peuvent passer au travers de la propriété de Benetton. Il faut donc qu’elles la contournent et c’est un détour de 90 kilomètres.”

Le village de Leleque consiste en 8 familles qui travaillaient pour l’entreprise de chemins de fer Argentin, transportant de la laine, du cuir et d’autres marchandises dans la capitale. En 1992, un an après l’achat des terres avoisinantes par Benetton, la station de transport á Leleque a été fermée. “Leleque était une ville agréable, mais maintenant, elle ressemble á un cimetière,” dit Pigeon Llancaqueo, le voisin de Calendaria.

Lorsque le dépôt a été fermé, l’eau courante pour les familles a été coupée et la police a cessé de venir dans la région. Le cimetière local appartenant maintenant á Benetton est situé dans l’enceinte du Musée Leleque. Sans travail, eau courante ou terre á cultiver, il ne restait plus aux habitants de Leleque que l’élevage des animaux pour les aider a survivre. A la fin septembre 1993, l’état a passé une résolution interdisant les habitants de Leleque d’avoir des animaux.

En Septembre dernier, les 50 habitants de Leleque, la majorité d’entre eux des femmes et enfants Mapuche, ont été informés par l’entreprise de chemins de fer gérée par l’Etat qu’ils avaient 3 mois pour abandonner leurs maisons afin de les utiliser pour la construction d’un parc d’attraction touristique.

Le projet touristique, supporté par la province de Chubut, comprend l’utilisation des chemins de fer pour des tours guidés de Patagonie. Bien que les officiels nient que le projet soit lié á l’entreprise Italienne, l’une des attractions principale offre une visite de la propriété Benetton. Le slogan officiel du projet touristique décrit “une aventure véritable á travers les origines de la région, partant de El Maiten jusqu’à Leleque, ou les touristes peuvent aussi visiter le Musée Leleque et savourer un Patagonien assodo (un plat typiquement Argentin) dans la propriété appartenant á Benetton.

En plus de l’éviction des résidants de Leleque, l’école pour 18 étudiants va aussi être fermée. La promesse par l’état de reloger les expulses n’est pas garantie. “Je n’aime pas le mot Expulsion,” dit Miguel Mafeo, le porte-parole de Ferrocarril Provincial del Chubut (l’entreprise provinciale de Chubbut). “Cela implique que les gens vont se retrouver dans la rue.”

Faisant face à l’expulsion, les résidants de Leleque ont commencé á s’organiser. Ils ont remarqué que d’autres communautés ont été intégrées á d’autres projets commerciaux touristiques incluant certaines gares dans la région, comme en Nehuelpan. La différence, ils disent, est que la gare n’est pas entourée de terres appartenant á l’entreprise Benetton.

“Petit à petit, ils ont fermés les portes de notre communauté á Leleque. C’est un plan stratégique,” dit Mauro Millan, un porte parole pour une organisation Mapuche, le 11 Octobre. “Jusqu’à présent, nous étions sans défense, mais maintenant les Mapuches dans la région sont sur l’offensive. Nous avons décidé qu’il n’y aurait plus d’expulsions, que ça vienne de l’état ou de Benetton.”

Benetton autour du monde.

Le groupe Benetton a été fondé en 1965 par la famille Benetton dans le Nord de l’Italie qui continue á régir la majorité de l'entreprise. Non seulement, l'entreprise Benetton possède des magasins de vêtements dans 120 pays, elle a aussi des autoroutes, des entreprises de restauration urbaines et des réseaux de communication en Europe ainsi que des terrains et de l’agriculture autour du monde. Avec un total de 7 000 magasins et une production annuelle de 100 millions de vêtements, le revenu moyen annuel de Benetton est de 2 billions d’Euros. L'entreprise est très connue pour sa publicité controversée, montrant des victimes du SIDA et des prisonniers attendant d’être exécutés ainsi que d’autres images poignantes favorisant responsabilité sociale et culture globale. Mais l’attitude de Benetton concernant la main-d’oeuvre et pratique économique offre un contraste stupéfiant a leur image.

Benetton fut au centre d’un scandale concernant le travail illégal des enfants en Turquie, lorsque, en 1998, plusieurs enfants âgés de 11 a 13 ans ont été photographiés dans l’usine Tekstil á Istanbul, une usine de textiles confectionnant quelques uns des
produits vendus par les vêtements Benetton. La loi Turque ainsi que la convention internationale du travail interdit le travail des enfants de moins de 14 ans. Benetton a suspendu ses opérations avec l’entrepreneur suivant les révélations faites par l’Union Turque.

Benetton se retrouva en pleine controverse lorsque l'entreprise Kappa dont une partie lui appartient, proposa une usine de vêtements au centre de la Palestine occupée dans la fin des années 90. Après une campagne contre leurs plans par des groupes des Droits de l’Homme, avertissant de la violation des accords internationaux établis par la 4eme Convention de Genève regardant les entreprises en Palestine, Kappa éventuellement abandonna ses plans.

L’année dernière, les Consommateurs Contre l’Invasion de la Vie Privée et du Numérotage a lancé une campagne de boycottage contre Benetton pour ses plans d’utiliser un million de Pastilles d’Identification sur Frequence de Radio ou (RFIDs) dans le but d’inventorier ses vêtements. Benetton a abandonné ses plans après que des critiques aient exprimé leurs soucis que le dispositif placé dans les vêtements pourrait potentiellement permettre á Benetton de suivre les mouvements de ses consommateurs.

Sebastian Hacher est un journaliste et photographe Argentin indépendant qui travaille avec Indy media Argentina.
Pauline Bartolone est une journaliste pour Free Speech Radio News basé en Argentine.


http://www.mapuche-nation.org