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«En vérité, cela veut dire que ce réseau social est plus puissant que le peuple.»

«Nous déléguons à des sociétés de droit privé internationales, qui ne se préoccupent pas vraiment de la souveraineté, qui font des choses parfois douteuses, le droit de dire ce qui est vrai ou pas, ce qui haineux ou pas. Et surtout, ce qui a le droit d’atteindre notre cerveau. On délègue ce pouvoir à des instances techniques sur lesquelles on n’a guère de contrôle démocratique».

 


Démarche politique ou volonté d’apaiser les tensions lors de la «prise» du Capitole à Washington? En tout cas, Twitter, Facebook et YouTube ont censuré les sorties numériques de Donald Trump. Une décision pour le moins problématique, selon François-Bernard Huyghe, directeur de recherches à l’IRIS.

Passe d’armes numérique. À la suite des événements du Capitole, qui ont sidéré l’opinion publique américaine et internationale, Twitter a décidé de frapper un grand coup. Pour la première fois, la célèbre plateforme de micro-blogging a bloqué pour quelques heures le compte de Donald Trump, mercredi 6 janvier. Pour se justifier, le réseau social a invoqué «la situation de violence sans précédent en cours à Washington». Une effervescence se traduisant, d’ailleurs, par la publication de 450 tweets par seconde!

«Nous avons exigé la suppression de trois tweets de Donald Trump qui ont été publiés plus tôt dans la journée pour des violations répétées et graves de notre politique d'intégrité civique», a expliqué le réseau social.

Des tweets qui comprenaient notamment une vidéo où le président sortant appelait les manifestants à «rentrer chez [eux] calmement», n’oubliant pas d’ajouter «on nous a volé l’élection».

 

 

 

 Les ennuis volant en escadrille, des mesures similaires ont également été prises du côté de Facebook et YouTube, qui ont décidé à leur tour de supprimer ladite vidéo. «C’est une situation d’urgence et nous prenons des mesures d’urgence appropriées, y compris le retrait de la vidéo du président Trump […], qui, au final, contribue au risque de violence au lieu de le diminuer», a justifié Guy Rosen, l’un des vice-présidents de Facebook, chargé de l’intégrité de la plateforme. Par ailleurs, Mark Zuckerberg a annoncé ce jeudi 7 janvier que les comptes Facebook et Instagram de Donald Trump seront bloqués «pour une durée indéterminée, au moins pour les deux prochaines semaines, jusqu’à ce que la transition pacifique du pouvoir soit terminée».

Des plateformes de plus en plus fermes

 

 

Habitués à uniquement apposer des bandeaux de prévention masquant les sorties numériques prolixes du Président US accompagnés d’un avertissement, «ce tweet a enfreint les règles» dans le cas de Twitter, pourquoi ces trois géants du numérique sévissent-ils maintenant davantage? Pour François-Bernard Huyghe, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteur notamment de Fake news: manip, infox et infodémie en 2021 (éd. VA éditions, 2020), c’est la suite logique de leur politique de modération. Ainsi, il rappelle qu’il y a depuis quelques mois une «montée en fermeté» des grandes plateformes numériques. Une «tendance lourde», selon lui, qui revêt plusieurs formes: une multitude de fermetures de faux comptes et une plus grande intervention sur les contenus. Pour les censurer, les signaler comme douteux ou encore pour les déclasser, constate François-Bernard Huyghe.

Néanmoins, avec la censure immédiate et directe du compte de Donald Trump, suivi par près de 88 millions de personnes, un nouveau cap semble être franchi. D’ailleurs, Facebook et Twitter sont régulièrement accusés de pratiquer une censure politique. Une censure qui pourrait aussi être justifiée par des impératifs économiques. En effet, la publicité étant au cœur de leur «business model», ne serait-ce donc pas la crainte de voir les annonceurs les boycotter ou se détourner d’eux qui les pousserait à surréagir?

Censure politique ou vulgaire cynisme?

Pour François-Bernard Huyghe, il y a une «question d’image de marque». Et pour cause, «ce n’est pas bon pour la réputation de Facebook, de Twitter et autres d’être considérés par la classe cultivée comme l’écosystème des fausses informations, des complotistes, des QAnons», énumère le politologue.

«Il y a une fracture énorme dans la société américaine, notamment avec les incidents du Capitole. Les grands du Net ne veulent pas être compromis sur la diffusion d’informations incitant à la haine ou à la violence dans ce passage de relais présidentiel», observe-t-il.

Cependant, cela serait aller vite en besogne d’écarter la dimension idéologique qui anime ces patrons de multinationales. En effet, selon le membre de l’IRIS: «Les grands de la Silicon Valley ont toujours financé le Parti démocrate. Toutes ces personnes ne doivent pas beaucoup aimer Trump.» Des choix dictés notamment «par leur culture, leur mode de vie», mais également par leur parcours: «Ils sont sortis des universités où l’on répand plutôt des idées progressistes, déconstructionnistes», avance le directeur de recherches.

«Tous ces facteurs font que les grands du Net ne sont pas très favorables aux idées conservatrices, par intérêt et par conviction sincère. Il peut donc y avoir une sorte de censure, de pesanteur idéologique, mais comme dans tous les milieux. Il y a une tendance idéologique dominante et des idées qui sont mal vues», nuance François-Bernard Huyghe.

Au-delà de cette dimension politique, faut-il s’inquiéter de voir qu’un réseau social peut faire plier le Président des États-Unis? Pas de doute pour François-Bernard Huyghe: «En vérité, cela veut dire que ce réseau social est plus puissant que le peuple.»

«Nous déléguons à des sociétés de droit privé internationales, qui ne se préoccupent pas vraiment de la souveraineté, qui font des choses parfois douteuses, le droit de dire ce qui est vrai ou pas, ce qui haineux ou pas. Et surtout, ce qui a le droit d’atteindre notre cerveau. On délègue ce pouvoir à des instances techniques sur lesquelles on n’a guère de contrôle démocratique», tacle-t-il pour conclure.

 


 

 

source:

 

Trump censuré: les réseaux sociaux plus forts que le peuple?


https://fr.sputniknews.com

 

 


 

 

Snowden : la décision de Zuckerberg de faire taire Trump est “le tournant dans la bataille pour le contrôle de la liberté d’expression numérique”

 

Maintenant que Trump a effectivement été mis à l’écart des médias sociaux suite à la décision prise hier par Twitter de suspendre le compte du président pendant 12 heures tout en menaçant d’une suspension permanente si Trump enfreignait les conditions de service de la société, une suspension qui a ensuite été rapidement suivie par Facebook et Instagram, il y a quelques instants Mark Zuckerberg, qui n’a eu aucun problème à générer un trafic important et des recettes publicitaires sur la base de tweets Trump controversés au cours des 4 dernières années, a annoncé dans un billet de blog que “les risques de permettre au président de continuer à utiliser notre service pendant cette période sont tout simplement trop importants” et qu’en conséquence “nous prolongeons le blocage que nous avons placé sur ses comptes Facebook et Instagram indéfiniment et pour au moins les deux prochaines semaines jusqu’à ce que la transition pacifique du pouvoir soit terminée. “

En réponse à la décision inattendue de supprimer plusieurs des annonces de Trump hier, Zuck a déclaré qu’il “a supprimé ces déclarations hier parce que nous avons jugé que leur effet – et probablement leur intention – serait de provoquer davantage de violence”.

Qu’en est-il des accusations provenant de différents coins du monde selon lesquelles c’est l’hypocrisie et le “manque de censure” de Facebook qui ont permis les événements d’hier ? Ici aussi, Zuck a préparé une réponse :

Au cours des dernières années, nous avons permis au président Trump d’utiliser notre plateforme conformément à nos propres règles, parfois en retirant du contenu ou en étiquetant ses messages lorsqu’ils violent nos politiques. Nous avons fait cela parce que nous pensons que le public a le droit d’avoir le plus large accès possible au discours politique, même controversé. Mais le contexte actuel est maintenant fondamentalement différent, impliquant l’utilisation de notre plateforme pour inciter à une insurrection violente contre un gouvernement démocratiquement élu.

Sa conclusion : “suite à la certification des résultats des élections par le Congrès, la priorité pour l’ensemble du pays doit maintenant être de s’assurer que les 13 jours restants et les jours suivant l’inauguration se déroulent pacifiquement et conformément aux normes démocratiques établies”.

En bref : Trump pourrait récupérer ses comptes Facebook une fois sorti de la Maison Blanche, mais n’y figure pas. Cela signifie aussi qu’à partir de ce moment, la censure de n’importe qui, n’importe où, est une partie équitable. Comme l’a dit Edward Snowden, “Facebook fait officiellement taire le président des États-Unis. Pour le meilleur ou pour le pire, cela restera dans les mémoires comme un tournant dans la bataille pour le contrôle de la parole numérique”.

 

" Facebook fait taire officiellement le président des États-Unis. Pour le meilleur ou pour le pire, cela restera dans les mémoires comme un tournant dans la bataille pour le contrôle de la parole numérique." Edward Snowden

 

 

La note complète de Zuckerberg se trouve ci-dessous :

Les événements choquants de ces dernières 24 heures montrent clairement que le président Donald Trump a l’intention d’utiliser le temps qui lui reste pour saper la transition pacifique et légale du pouvoir à son successeur élu, Joe Biden.

Sa décision d’utiliser sa plateforme pour excuser plutôt que condamner les actions de ses partisans au Capitole a, à juste titre, perturbé les gens aux États-Unis et dans le monde entier. Nous avons retiré ces déclarations hier car nous avons jugé que leur effet – et probablement leur intention – serait de provoquer de nouvelles violences.

Après la certification des résultats des élections par le Congrès, la priorité pour l’ensemble du pays doit maintenant être de veiller à ce que les 13 jours restants et les jours suivant l’inauguration se passent pacifiquement et conformément aux normes démocratiques établies.

Au cours des dernières années, nous avons permis au président Trump d’utiliser notre plateforme conformément à nos propres règles, en retirant parfois des contenus ou en étiquetant ses messages lorsqu’ils enfreignent nos politiques. Nous avons fait cela parce que nous pensons que le public a le droit d’avoir le plus large accès possible au discours politique, même controversé. Mais le contexte actuel est maintenant fondamentalement différent, impliquant l’utilisation de notre plateforme pour inciter à une insurrection violente contre un gouvernement démocratiquement élu.

Nous pensons que les risques de permettre au Président de continuer à utiliser notre service pendant cette période sont tout simplement trop importants. Par conséquent, nous prolongeons le blocage que nous avons placé sur ses comptes Facebook et Instagram indéfiniment et pour au moins les deux prochaines semaines jusqu’à ce que la transition pacifique du pouvoir soit terminée.

 

source

Snowden : la décision de Zuckerberg de faire taire Trump est “le tournant dans la bataille pour le contrôle de la liberté d’expression numérique”