La Tunisie vient d’offrir au monde un moment de rare justice poétique en condamnant Bernard-Henri Lévy, figure médiatique française aussi narcissique qu’influente, à 33 ans de prison pour « complot contre l’État ». Une sentence symbolique, certes, mais dont la portée politique et morale mérite d’être saluée.
BHL ne fera pas de prison en Tunisie. Mais cette condamnation restera comme un symbole: celui d’un monde qui n’accepte plus l’arrogance de ceux qui croient pouvoir remodeler les nations à leur guise.
L’arroseur arrosé : un procès qui tombe à pic
Qui, mieux que Bernard-Henri Lévy, incarne cette bourgeoisie intellectuelle occidentale si prompte à donner des leçons de démocratie au monde entier, tout en soutenant les guerres les plus hasardeuses au nom de ses idéaux néoconservateurs ? L’homme qui se rêve en philosophe-militaire, auréolé de sa veste blanche immaculée et de ses déclarations grandiloquentes, se retrouve aujourd’hui frappé par un verdict qui, s’il n’a guère de chance d’être exécuté, constitue une humiliation cinglante.
La Tunisie, sous la présidence de Kaïs Saïed, ne s’y est pas trompée : en visant BHL, elle ne punit pas seulement un individu, mais dénonce toute une caste d’intervenants autoproclamés, ces donneurs de leçons qui, depuis des décennies, se permettent de dicter aux nations souveraines comment elles devraient se gouverner. L’accusation de « complot contre l’État » peut prêter à sourire, mais elle révèle une vérité plus profonde : l’ingérence, même drapée dans les oripeaux de la morale universaliste, finit par lasser.
BHL, ou l’hubris d’un intellectuel sans frontières
Rappelons-le : Bernard-Henri Lévy n’est pas un simple commentateur. Il est l’un des principaux promoteurs du droit d’ingérence humanitaire, concept aussi flou que dangereux, qui a servi de justification à des interventions désastreuses – la Libye en étant l’exemple le plus sanglant. Son soutien indéfectible aux révolutions colorées, son romantisme guerrier, ses amitiés douteuses avec certains régimes tant qu’ils servaient ses desseins, tout cela fait de lui une cible logique pour les États lassés de se voir dicter leur conduite par des étrangers convaincus de détenir la Vérité.
Cette condamnation, aussi symbolique soit-elle, est un camouflet. Elle rappelle que le temps où l’Occident pouvait impunément jouer aux redresseurs de torts autoproclamés est révolu. Les pays du Sud, la Tunisie en tête, entendent bien faire comprendre qu’ils n’acceptent plus ces sermons venus d’en haut.
Le silence assourdissant des médias français
Fait révélateur : cette condamnation, pourtant lourde de sens, n’a guère trouvé d’écho dans les grands médias hexagonaux. Le Monde, Libération, les chaînes d’info en continu – tous ont préféré passer l’affaire sous silence ou la reléguer à une brève anecdotique. Pourtant, si un intellectuel russe, chinois ou africain avait été condamné de la sorte par la France, on peut imaginer les torrents d’indignation qui auraient déferlé.
Cette asymétrie médiatique en dit long sur l’hypocrisie d’un système qui dénonce volontiers les procès politiques ailleurs, mais ferme les yeux quand l’un des siens est visé.
Une leçon à retenir
Bernard-Henri Lévy ne fera pas de prison en Tunisie. Mais cette condamnation restera comme un symbole : celui d’un monde qui n’accepte plus l’arrogance de ceux qui croient pouvoir remodeler les nations à leur guise.
Peut-être est-il temps pour certains de réfléchir à cette maxime : « Qui sème le vent récolte la tempête ». La Tunisie vient de lui offrir une belle illustration.
par Yoann