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Photo via l'utilisateur Flickr Matthew Lippincott

 



On a pris des nouvelles de l'ancienne soldate transsexuelle, emprisonnée depuis plus de six ans pour avoir diffusé des documents « secret-défense » au sujet des guerres d'Irak et d'Afghanistan.

Chelsea Manning est actuellement incarcérée dans un établissement de haute sécurité à Fort Leavenworth, au Kansas. Cela fait désormais six ans qu'elle est détenue aux États-Unis. Depuis six ans, on l'oblige à couper ses cheveux très courts et à revêtir des habits masculins. Ses contacts avec le monde extérieur sont extrêmement limités. Les règles sont strictes quant aux visiteurs autorisés. Si les médias ne peuvent la contacter directement, elle a tout de même le droit de correspondre avec eux par courrier. Sa situation semble désespérée, mais Chelsea Manning persévère et poursuit sa lutte.

« Le courage et la témérité ne sont pas équivalents », m'a-t-elle confié dans une lettre en décembre dernier. « Le courage revient à persévérer, à aller de l'avant même si vous n'êtes pas sûr de vous, même si vous êtes nerveux ou terrifié. Si l'on vous croit capable de vous engager seul dans une bataille, alors vous êtes assurément courageux. »

En mai 2013, Chelsea Manning a été reconnue coupable d'espionnage, ce qui lui a valu une peine de 35 ans d'emprisonnement. L'ancienne analyste militaire a été tenue pour responsable de la fuite de documents secrets la plus importante de l'histoire américaine. Parmi ces documents, les plus sensibles sont en lien avec les guerres d'Irak et d'Afghanistan – et leur coût « réel » –, les milliers d'accusations de torture en Irak, la détention d'innocents ou d'individus inoffensifs dans le camp de Guantanamo ou encore la mort de milliers de civils.

La sentence de Manning est extrême à tous points de vue. D'autres informateurs ont été arrêtés et condamnés à des peines beaucoup moins lourdes, entre un et trois ans et demi en moyenne. Chelsea Manning a d'ores et déjà passé deux fois plus de temps en prison que la majorité des lanceurs d'alerte. Plus tôt dans l'année, elle a demandé à Barack Obama de réduire sa condamnation afin qu'elle puisse sortir de prison immédiatement, tout en reconnaissant sa culpabilité. Le mois dernier, plus de 100 000 personnes ont signé une pétition à destination de la Maison Blanche avec ces mêmes demandes. La présidence d'Obama se terminant d'ici quelques jours, Chelsea Manning en saura plus sur son sort dans les heures qui viennent.

Alors que certaines personnes louent les actes de Chelsea Manning et la considèrent comme une lanceuse d'alerte – elle a d'ailleurs reçu le Sean MacBride Peace Prize en 2013 – d'autres considèrent qu'elle a trahi son pays et qu'elle doit donc en payer le prix. « Nous devons l'enfermer pour trahison », écrivait en 2010 KT McFarland, experte en sécurité nationale chez Fox News. « Si Manning est reconnu[e] coupable, [elle] devra être exécutée. » Selon CNN, Donald Trump envisage de nommer McFarland au poste d'adjointe du conseiller à la Sécurité Nationale – un poste clé, en lien direct avec la Maison Blanche.

Parmi les partisans d'une plus grande transparence gouvernementale, le cas de Chelsea Manning est souvent oublié. On lui préfère des lanceurs d'alerte beaucoup plus médiatiques, à l'image d'Edward Snowden – devenu une célébrité depuis son départ pour le fin fond de la Russie. Selon Evan Greer, fervente défenseur de Chelsea Manning et directrice de la campagne Fight for the Future, les raisons de cet abandon médiatique sont toutes trouvées : Chelsea Manning est inaudible et invisible depuis qu'elle a été emprisonnée.

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« Chelsea a agi dans l'intérêt du public, poursuit-il. Ses révélations avaient pour but de dévoiler des crimes perpétrés au nom de plusieurs gouvernements. »

Au nom de la transparence et du devoir d'informer la population, une femme paie le prix fort et se retrouve enfermée dans une prison au Kansas. Là-bas, elle doit se battre pour être respectée en tant que femme, alors que l'État lui refuse ce « statut ».

Chelsea Manning, qui a risqué sa vie et sa liberté pour défendre la transparence, a disparu des écrans, au profit de lanceurs d'alerte plus visibles. À part un portrait en noir et blanc datant des premiers temps où elle s'habillait en femme, le monde ne connaît pas son visage. « Je ne veux pas être un symbole, simplement un être humain », m'a-t-elle écrit dans une lettre.

« Je suis aussi vulnérable et solitaire que n'importe qui. J'ai des talents et des travers. Je suis humaine, c'est tout. »