Posté le 14 septembre 2020

 

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Monopoles privés

C’est la rentrée de l’Observatoire des multinationales et de sa lettre hebdomadaire.
Au menu,
- la nouvelle tentative de mariage entre Veolia et Suez,
- le plan de relance, et le soutien de l’État français aux grands projets gaziers de Total et Technip.
Mais aussi
- du béton dans la Seine,
- de la reconnaissance faciale,
- du plastique et des cadeaux à Big Pharma.

 

 

Covid : Le CAC 40 a versé au moins 37 milliards de dividendes à ses actionnaires

En France, 23 entreprises du CAC 40 ont tout de même décidé de verser des dividendes cette année, sans prendre en compte les appels à la modération du gouvernement. Au total, le patrimoine cumulé des 500 plus grandes fortunes de France a augmenté de 3 % en 2020, battant un nouveau record malgré la crise.

Dans un nouveau rapport, l’ONG Oxfam montre comment la crise sanitaire a révélé un modèle économique inégalitaire et injuste dans lequel les grandes fortunes amassent toujours plus de richesses alors qu’une grande partie de la population est plongée dans la précarité. Oxfam dénonce le fait que cette accumulation de richesses se soit réalisée sur le dos des populations travailleuses les plus pauvres, et plaide pour une réforme des entreprises permettant de mieux répartir les richesses, notamment dans le cadre des plans de relance en cours.

Une inégale répartition des richesses

Dans son rapport intulé « Covid19 : les profits de la crise », Oxfam décrit les rouages d’une économie à deux vitesses. En 2020, les bénéfices de 32 des plus grandes entreprises du monde devraient ainsi connaître une hausse spectaculaire de 109 milliards de dollars que leur bénéfice moyen réalisé au cours des quatre années précédentes.

Sont concernées : Microsoft, Intel, Apple, Walmart, UnitedHealth, Facebook, Google, BHP, Nestlé, Merck & Co, CVS Health, Amazon, Procter & Gamble, Visa, Cisco Systems, Johnson & Johnson, Home Depot, Roche, Oracle, Deutsche Telekom, Reliance Industries

Une large partie de ces bénéfices a été reversée à de riches actionnaires pour des sommes astronomiques. Les 25 milliardaires les plus riches du monde ont vu leur richesse augmenter de 255 milliards de dollars entre la mi-mars et la fin mai seulement, soit une augmentation moyenne de 10 milliards de dollars.

En France, le milliardaire français Bernard Arnault a augmenté son patrimoine de 20 milliards de dollars, soit une hausse de 26%, entre le début de la pandémie et la fin du mois de mai.

En même temps, il est estimé qu’un demi-milliard de personnes dans le monde pourraient sombrer dans la pauvreté en raison de la crise économique engendrée par la pandémie. Quelque 400 millions de personnes ont déjà perdu leur emploi, et l’Organisation internationale du Travail (OIT) estime que plus de 430 millions de petites entreprises sont en danger, prévient l’ONG

« Il est révoltant de voir qu’en pleine pandémie, certaines entreprises versent des dividendes record à de riches actionnaires alors qu’elles ont reçu de l’aide publique destinée à protéger les emplois. Des ressources pourtant rares sont versées aux personnes déjà très riches, alors que des centaines de millions de personnes souffrent des conséquences de cette pandémie. Les femmes, les minorités raciales et ethniques et les populations migrantes sont fortement touchées. » a déclaré Chema Vera, directeur général d’Oxfam International

Selon les rapports d’activités des entreprises, depuis janvier, Microsoft a versé plus de 21 milliards de dollars à ses actionnaires, et Google 15 milliards de dollars. Tout comme le japonais Toyota qui a distribué aux actionnaires plus de 200 % des bénéfices qu’il a réalisés. En Allemagne, BASF, le géant qui a racheté Monsanto, a versé lui plus de 400 % de ses bénéfices aux actionnaires pendant les six derniers mois.

Et cette tendance n’est que le prolongement d’une politique court-termiste menée par les compagnies afin de fidéliser leurs actionnaires. De nombreuses entreprises ont ainsi versé de l’argent à leurs actionnaires alors que leurs comptes étaient au rouge. Durant les 3 ans avant la crise, les trois plus grandes structures hospitalières privées d’Afrique du Sud ont versé 163% de leurs bénéfices à leurs actionnaires. Résultat, pendant la crise, elles n’avaient pas les moyens de payer des fournitures médicales à leur personnel.

En France, 23 entreprises du CAC 40 ont tout de même décidé de verser des dividendes cette année, sans prendre en compte les appels à la modération du gouvernement. Oxfam précise ainsi que le CAC 40 aura versé au moins 37 milliards de dividendes pendant la crise. Au total, le patrimoine cumulé des 500 plus grandes fortunes de France a augmenté de 3 % en 2020, battant un nouveau record malgré la crise.

Comment mieux les redistribuer

Face à cette aggravation des inégalités, et alors que le plan de relance a été posé sur la table par le gouvernement, Oxfam appelle les gouvernements à taxer les entreprises qui ont réalisé des bénéfices exceptionnels pendant la crise et à créer une nouvelle régulation permettant de mieux répartir les richesses.

« Un impôt sur les bénéfices exceptionnels réalisés pendant la pandémie COVID-19, similaire à celui pratiqué pendant la Seconde Guerre mondiale rapporterait des milliards de dollars de recettes nouvelles, nécessaires pour répondre à l’aggravation des inégalités économiques, raciales et de genre engendrée par la pandémie. Si l’on se concentre uniquement sur les 32 entreprises mondiales qui profitent le plus de la COVID-19, on estime qu’il serait possible de lever 104 milliards de dollars de fonds en 2020 pour lutter contre la pandémie. Pour mettre ce montant en perspective, il permettrait de payer les tests de dépistage de la COVID-19 et les vaccins anti- COVID-19 pour chaque habitant de la planète et de disposer de33 milliards de dollars en plus pour investir dans le renforcement d’un personnel de santé de première ligne pour le 21e siècle. » explique ainsi l’ONG dans son rapport

En effet, la philanthropie affichée des grandes entreprises n’est souvent qu’une goutte d’eau dans l’océan de largesses qu’elle pourrait prodiguer. Au niveau mondial, les travaux d’analyse d’Oxfam ont révélé que les dons des plus grandes entreprises du monde au cours de la crise de la COVID-19 équivalaient en moyenne à 0,32 % de leur résultat opérationnel pour 2019.

Pour la France, l’ONG demande au gouvernement et aux parlementaires de conditionner l’octroi de l’ensemble des crédits du plan de relance à la mise en place d’objectifs socio-écologiques pour les grandes entreprises :

  • Refuser la baisse aveugle des impôts de production.
  • Publier un plan de transformation de l’entreprise comprenant : l’empreinte carbone directe et indirecte, une trajectoire de réduction de cette empreinte carbone alignée avec les objectifs de l’Accord de Paris et un plan d’investissement permettant le respect de cette trajectoire.
  • Interdire le versement de dividendes et de bonus PDG pour le prochain exercice budgétaire (2021).
  • Ne pas faire peser le financement du plan de relance sur les plus pauvres et au contraire de mettre à contribution celles et ceux qui ont le moins pâti de la crise.

Pour enfin cesser de privatiser les profits et mutualiser les pertes, l’ONG exhorte les gouvernements du monde entier à ne pas répéter les mêmes erreurs qu’en 2008.



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